NotesLa construction des bateaux irlandais

Brendan et ses moines ont navigué durant sept ans sur un bateau de type celtique, le coracle, (currach, en irlandais). Déjà décrit par Pline et par Jules César lors de sa campagne dans l'île de Bretagne, il fut construit à son tour par les Romains qui l'utilisèrent en Espagne.

Il existe plusieurs sortes de coracles :

  Le petit coracle a cinq mètres de long. Il est fabriqué à partir d'une carcasse d'osier et de saule et recouvert de peaux de bœuf.

  Le grand coracle pouvait atteindre 12 mètres de long sur 2.5 mètres de large. Il possédait une armature de bois, un mât et une voile « sous carrée » (plus large que haute). Une vingtaine de personnes pouvaient être accueillies et il portait une charge utile de deux tonnes.

  Le ponto breton pouvait, quant à lui, embarquer trente personnes, il était long de 22 mètres et était doté d'une voilure de 200 m2.


Ponto celte

Ponto celte
Longueur :
0 à 72 pieds, environ 22,25 m à 22,90 m.
Largeur :

20 à 24 pieds, environ 6,90 m à 7,50 m
Creux (sur quille)

10 à 11 pieds, environ 3,20 m à 3,50 m

L
a construction du bateau de Brendan est décrite en détail dans la version latine du texte. René-Yves Creston la dépeint ainsi:

« Ce n'est jamais une petite besogne que d'entreprendre la construction d'une barque, mais nos embarcations d'Hibernie sont plus aisées à construire que les lourds bâtiments du pays des Franks ou de l'Armorique. Nos barques de cuir sont légères et tiennent aisément la mer.

Ayant débité avec nos scies, nos herminettes et nos doloires, en minces et longues lattes flexibles, le châtaignier abattu, nous nous mettons en devoir de les courber, ce qui est plus aisé lorsque le bois est fraîchement abattu, pour former les membres et les bordés (ensemble de planches recouvrant les membrures, c'est-à-dire la carcasse d'un navire et formant la coque), mais malgré leur souplesse, les lattes de bois, dont une extrémité est fixée en terre, résistent à l'effort conjugué de deux ou trois disciples. La sueur coule sur leurs visages, et les veines de leurs mains semblent prêtes à craquer. Mais finalement, à force de patience, les membrures sont courbées. Au moyen de minces racines de pin, les lattes de bordés sont liées aux membrures et de lourdes pierres sont placées sur la carcasse pour lui conserver sa forme en attendant que les peaux soient apprêtées.

Enfin nos frères reviennent chargés de peaux de bœufs et d'une pièce de grosse toile de chanvre. Les uns se mettent en devoir de tailler les peaux, de les tendre sur la carcasse, de les coudre les unes aux autres et de les fixer, ceci fait, au plat bord au moyen de minces lanières de cuir.

Lorsque ce travail est terminé, nous faisons fondre de la graisse de bœuf et nous l'étendons sur les coutures des peaux, puis lorsqu'elle est à peine refroidie, nous recouvrons ce calfatage de résine de pin que nous laissons sécher. Ainsi, notre barque est parfaitement étanche.

Durant ce temps, quatre des disciples s'activent à tailler la voile et à la border de ralingues (cordage cousu au bord des voiles pour maintenir leur forme) de chanvre, à fixer les écoutes et les bras et à teindre le tout au moyen d'écorce de chêne bouillie, de façon que l'eau de mer ne pourrisse point notre voilure.

Les bancs sont fixés, les avirons taillés dans du sapin, le mât dressé, la voile enverguée et les drisses établies. La construction est achevée et Brendan asperge d'eau Sainte les diverses parties du navire . »